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[Interview] Anaïs Baumgarten : comment le « Slow Marketing » rend les causes engagées désirables



Aujourd’hui, on parle « Slow Marketing ». Associer ces 2 termes te paraît être un oxymore ? C’est ce que nous allons développer lors de cet entretien avec Anaïs Baumgarten, créatrice et hôte du podcast du même nom. Depuis 2023, elle partage avec ses invités une vision différente du marketing et de la communication, explorant les angles morts du secteur comme l’accessibilité, l’écriture inclusive ou l’éco-conception. En septembre 2025, Anaïs publie son livre, qui se veut être plus qu’un miroir de son media, en proposant notamment 50 actions concrètes pour aligner ta marque et tes valeurs, et vivre dans une alternative plus sobre, plus éthique, et plus humaine, loin des promesses miracles et trompeuses de l’hypercroissance.

Bonjour Anaïs, content de te recevoir. Pour commencer, peux-tu présenter ton parcours ?

Hello Dareth ! Merci pour ton invitation.

Je suis sportive depuis toujours et convaincue des bienfaits du sport sur la santé physique et mentale. C’est en cherchant à motiver les gens à bouger et à se dépenser, notamment via mon investissement dans mes clubs de rugby, que je me suis découvert des talents en marketing et communication. C’est ainsi que j’ai choisi cette voie.

À la fin de mes études, il me paraissait logique, presque obligatoire, de passer par la case grand groupe pour valider mon parcours. Lors de mon dernier stage, dans un cabinet de conseil international, je me suis surtout rendu compte que je n’étais pas faite pour ce « corporate » : 3 niveaux de managers, un « dress code » strict, du présentéisme, etc. La suite logique était donc une plus petite structure.

Je me suis vite retrouvée « Head of Marketing », puis associée pour une Start Up où j’avais l’impression que tout était aligné. L’intention de départ, créer des aventures collectives et faire bouger les salariés, était excellente. Cependant, au bout de 4-5 ans, de profondes divergences de valeurs sont apparues avec mes associés. Nous étions clairement dans un modèle « classique » de la « Start Up Nation » française, très dépendant des subventions de la BPI, qui oblige à chercher en permanence l’hypercroissance, à tout prix, pour lever toujours plus de fonds. Mais au final, on nous demande de faire plus avec moins, et pas dans le bon sens, au contraire, on pousse les équipes à s’épuiser pour atteindre des objectifs de croissance intenables. Avoir de grandes ambitions et des moyens inversement proportionnés revient à faire rentrer des ronds dans des carrés.

Je quitte alors Paris. Je vis dorénavant à Bruxelles, où j’exerce en freelance. Ici, je constate une culture beaucoup plus orientée vers le « slowpreneuriat ». Le marché est plus petit, il y a moins cette obsession de l’hypercroissance déconnectée de la rentabilité réelle. Pour te donner un exemple, l’un de mes clients, Yoga Room (fondé par Pierre Rousseau) est passé par cette envie d’expansion agressive et extrêmement coûteuse : son objectif était d’ouvrir 10 studios par an dans toute l’Europe. Aujourd’hui, revenus vers un modèle plus réaliste, ils se recentrent sur Bruxelles pour devenir la référence locale sur les décennies à venir, ce qui leur permet de fournir un travail de bien meilleure qualité, retrouvant un équilibre financier, avec une trésorerie saine.

« L’écologie ou le féminisme ont parfois un « mauvais marketing », comme Greta Thunberg ou encore les femens. Trop « brutes », elles sont faciles à caricaturer pour les opposants. Leurs actions et leur colère sont pourtant indispensables pour […] mettre ces sujets dans le débat public. Je les soutiens, toutefois, on a besoin de récits qui donnent vraiment envie. »

Anaïs BAUMGARTEN / Experte Marketing Responsable

À travers mes interviews, j’ai remarqué que notre génération s’est motivée à changer, relativement « tardivement », suite aux accords de Paris (2016) ou aux messages de Greta Thunberg (2018). Peux-tu nous en dire plus sur ton engagement : est-ce une conviction de toujours ou est-ce récent ?

Mon engagement s’est construit par étapes. Mais mon véritable déclic remonte à 2013, avec l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh, qui a causé la mort de plus de 1 000 ouvriers du textile. À l’époque, j’étais une très grande consommatrice (Fast) Fashion. Toujours très apprêtée, c’était même un élément fort de mon identité. Cet événement m’a brutalement ouvert les yeux sur les conditions de fabrication et l’impact sociétal de notre consommation. De là, une véritable « boîte de Pandore » s’est ouverte : la question des déchets, de l’impact environnemental, l’éthique sociale…

Je me suis alors lancé un défi : passer une année entière sans acheter le moindre vêtement neuf. C’est ainsi que j’ai découvert les friperies, le marché de la seconde main, et mes habitudes de consommation s’en sont trouvées durablement modifiées. Au final, cela a été une transition facile. Aujourd’hui, avec un meilleur pouvoir d’achat, je m’autorise parfois des pièces neuves, mais uniquement de confection éthique, locale et durable (made in Europe, Belgique ou France).

En parallèle, j’étudie tout ce que je trouve sur l’économie responsable. De fil en aiguille, un sujet en appelant un autre, je deviens végétarienne en 2015 ; je fréquente différents cercles engagés ; je milite pour le féminisme, et participe à des manifestations.

En 2018-2019, je ne pouvais plus continuer à faire du marketing de manière conventionnelle. Je me suis dit : « Si je ne peux pas faire différemment, je ferai autre chose ». Mais j’ai vite réalisé que le marketing est un outil indispensable pour vendre un monde nouveau et rendre désirables les idées engagées. D’ailleurs, le problème actuel, c’est que l’écologie ou le féminisme ont parfois un « mauvais marketing », comme Greta Thunberg ou encore les femens, trop « brutes », et donc faciles à caricaturer pour les opposants. Leurs actions et leur colère sont pourtant indispensables pour créer de l’émotion, faire du bruit et mettre ces sujets dans le débat public. Je les soutiens, toutefois, on a besoin de récits qui donnent vraiment envie.

Le confinement en 2020 a été l’opportunité parfaite. Durant cette « pause » professionnelle de 3 mois, je me suis formée intensivement en ligne sur l’écriture inclusive, l’accessibilité numérique ou comment éco-concevoir un site web. N’ayant que peu de ressources disponibles en Europe à ce moment-là, et souhaitant m’affranchir d’une vision européocentrée, j’ai beaucoup puisé dans les cours en ligne de l’Université de Montréal (UdeM). J’avais fait une année de césure là-bas, et mon réseau m’a permis d’accéder facilement à leur écosystème d’information, très en avance sur ces enjeux.

Jusqu’en 2021, j’accepte encore des missions « alimentaires », puis, en 2022, j’atteins mon objectif de travailler avec des entreprises à impact, ou alignées avec ces convictions. J’ai mis du temps à assumer publiquement mes engagements par peur de perdre des clients, mais c’était une fausse croyance. En réalité, on attire ce que l’on projette.

Une majorité semble encore éloignée de ces sujets, même si en parallèle, les gens semblent de plus en plus conscients. J’ai encore du mal à déterminer le ratio de méconnaissance, d’indifférence et de prise de conscience, notamment au niveau des entreprises, de mon réseau…

Nous vivons tous dans des bulles d’informations géographiques et sociales, et les algorithmes des réseaux sociaux accentuent massivement ce phénomène en personnalisant nos flux. On a l’illusion que tout le monde partage le même niveau d’information, ce qui est faux.

Pas plus tard qu’hier soir, je suis tombée par hasard sur une émission américaine, « Surrounded », qui illustre très bien cela. Le concept : une personne est placée seule au centre du plateau, entourée de 20 contradicteurs. Dans cet épisode, Mark Manson, ancien coach en séduction et développement personnel, engagé contre la manosphère, débat en tête-à-tête successifs avec 20 militants sexistes et masculinistes. Le traitement de ce déséquilibre « 1 contre 20 » reste très intéressant car les échanges sont étonnamment calmes et respectueux. Par ailleurs, on réalise à quel point des personnes demeurent piégées dans leur propre bulle d’information, sincèrement persuadées de détenir la vérité absolue parce que l’ensemble de leur écosystème algorithmique ne leur renvoie que des contenus qui confirment leurs biais.

Et c’est pareil pour tout le monde. L’autre jour, ma soeur et moi comparions nos fils TikTok. C’était hilarant et effrayant à la fois : je suis tombée sur un pan entier d’Internet dont j’ignorais totalement l’existence (Rires). Nous devons garder en tête que ce que nous voyons sur nos écrans n’est qu’une infime fraction de la réalité.

« Des études montrent qu’il suffit que 3,5% à 10% de la population soit profondément convaincue par une idée pour faire basculer l’ensemble de la société, comme ce fut le cas pour l’abolition de l’esclavage ou le mariage pour tous. »

Anaïs BAUMGARTEN / Experte Marketing Responsable

Étant certainement enfermé dans ma bulle, je suis presque toujours autant surpris de devoir encore expliquer régulièrement ce qu’est l’éco-conception et la circularité alors que ça me paraît tellement d’actualité. Sans vouloir braquer qui que ce soit…

Confronter des opinions divergentes est devenu d’une complexité extrême. Dès qu’une différence de point de vue apparaît, le débat s’enflamme et on glisse immédiatement vers le point de rupture. On n’accepte plus le désaccord. C’est pour cela que je refuse absolument d’adopter une posture moralisatrice ou inquisitrice. Si l’on souhaite sensibiliser et fissurer ces bulles, il faut maintenir le dialogue et rejeter le jugement frontal qui braque l’interlocuteur et coupe court à tout échange.

L’écologie a trop souvent été présentée de manière chiante, punitive et culpabilisante. Notre rôle est d’en faire un projet de société désirable, joyeux et enthousiasmant.

Sur le papier, nombreux sont écologistes. Cependant, on observe un décalage flagrant entre les propos et les actions…

C’est là qu’intervient le concept du « Say-Do Gap » (l’écart entre le dire et le faire). Les sondages montrent que 70% à 80% des gens affirment vouloir des entreprises engagées et une consommation responsable. Pourtant, dans la réalité, seuls 7% à 8% réalisent effectivement des achats responsables. Cet écart s’explique par la pression des prix, mais aussi par l’inégalité colossale des budgets publicitaires entre les multinationales et les marques engagées. Les premières incitent à la surconsommation alors que les dernières peinent à gagner en visibilité.

Il faut faire preuve d’humilité : nous subissons une exposition publicitaire gigantesque. On parle de plus de 15 000 stimuli par jour et par personne, quasi 500 avant même le petit-déjeuner !1 Et un stimulus, ce n’est pas seulement une affiche agressive ; c’est aussi un simple logo sur un baume à lèvres (Anaïs me montre le premier objet à portée de main), ou le nom de l’hébergeur « Infomaniak » dans une URL (en référence à l’URL de notre visio-conférence). Il est extrêmement difficile de lutter individuellement contre une telle force de frappe.

Cependant, il ne faut pas désespérer. Il existe la théorie du point de bascule, popularisée par Malcolm Gladwell, dans « The Tipping Point: How Little Things Can Make a Big Difference » (2000). Des études montrent qu’il suffit que 3,5% à 10% de la population soit profondément convaincue par une idée pour faire basculer l’ensemble de la société, comme ce fut le cas pour l’abolition de l’esclavage ou le mariage pour tous.

Chaque discussion que nous menons, chaque petite sensibilisation que nous faisons au sein de nos familles, de nos réseaux d’amis ou de nos entreprises contribue directement à nous rapprocher de ce point de bascule.

En parlant de surconsommation, je me permets de t’adresser la question que tu avais posée à Florence Touzé-Rieu : « Ce n’est pas une société de consommation qui est créée, mais une société de surconsommation, de peurs, de doutes chez le consommateur. À quel moment a-t-on basculé de “On va répondre à un besoin” à “On va créer des besoins pour vendre des produits” ? »

Au départ, dans les années 60, le marketing est utilisé à des fins de relances économiques d’après-guerre. De par sa puissance à influencer les comportements, il est devenu le principal outil du capitalisme, avec un unique indicateur : les ventes et le chiffre d’affaires. Le problème de fond, c’est le capitalisme lui-même, et non le marketing. À mon niveau, je propose des outils pour faire « moins pire » dans un monde capitaliste, mais in fine, notre modèle devra changer car les ressources de la planète sont limitées.

C’est pour cela que je consacre la fin de mon livre à la décroissance. C’est encore un « gros mot » pour beaucoup, mais c’est le seul modèle viable à long terme. Certaines activités commencent d’ailleurs à se heurter concrètement aux limites planétaires. Une amie qui travaille dans une grande multinationale m’a raconté qu’ils avaient développé via leur R&D un arôme exceptionnel à partir d’une plante rare. Les tests étaient excellents, le potentiel d’addiction et de vente était immense. Le produit cartonnerait à coup sûr, mais la plante étant impossible à cultiver à échelle industrielle, ils ont dû stopper le projet. S’ils l’avaient sorti, la bouteille aurait coûté 15€ au lieu de 1,50€. C’est la preuve que la rareté des ressources commence à bloquer les objectifs de croissance illimitée.

Aujourd’hui, l’explosion du numérique et de l’IA accélère dramatiquement la consommation de métaux rares, d’eau et d’énergie. Nous allons droit vers des « shortages » (pénuries de ressources) pour fabriquer nos ordinateurs et alimenter les data centers.

« Nous ne sommes pas impuissants. Nous devons briser ce « triptyque de l’inaction », ce cercle vicieux où le citoyen, l’entreprise et l’État se renvoient mutuellement la balle pour ne pas agir. Nous avons le pouvoir de prendre des décisions cruciales sur ces 3 niveaux. »

Anaïs BAUMGARTEN / Experte Marketing Responsable

Ton cas est probablement plus une exception que la règle. Comme dans « Don’t Look Up »2, j’ai l’impression que les actionnaires des multinationales sont prêts à tout pour leur profit, quitte à épuiser la moindre ressource… quitte à se languir de l’arrivée d’une météorite dévastatrice dans le fantasme de l’exploiter… De manière plus terre à terre, on ne peut que le constater avec les énergies fossiles ou le numérique…

Oui, ne nous leurrons pas : cet exemple reste une heureuse exception. Dans l’immense majorité des cas, les industries et les comportements ne s’autorégulent pas ainsi. J’en parlais la semaine dernière avec un ami : qu’il s’agisse de capitalisme, de patriarcat ou des anciennes dynamiques coloniales, nous sommes fondamentalement face à des mécaniques de domination. C’est l’asservissement constant d’une catégorie de la population sur une autre, et aujourd’hui, de l’être humain sur la nature. Nous consommons la planète plus qu’elle ne se regénère, tout en la traitant comme une immense décharge. Ce qui est particulièrement cynique, c’est que cette poubelle, nous la délocalisons bien loin de nos yeux, dans les pays du sud, ou même tout près de nous, dans des quartiers relégués que l’on choisit délibérément de ne pas voir. C’est toujours ce même rapport d’utilisation et de domination.

Face à ces dérives économiques, il est très facile de sombrer dans le fatalisme. Ni toi ni moi n’avons d’impact direct pour aller voir Elon Musk et lui dire : « Écoute mec, ce serait cool d’arrêter de construire des fusées pour coloniser Mars ». On en est bien conscients, tout comme on sait qu’il est presque impossible d’interdire aux ultra-riches de prendre leur jet privé toutes les 3 secondes pour rien.

Pourtant, nous ne sommes pas impuissants. Nous devons briser ce que j’appelle le « triptyque de l’inaction », ce cercle vicieux où le citoyen, l’entreprise et l’État se renvoient mutuellement la balle pour ne pas agir. Nous avons le pouvoir de prendre des décisions cruciales sur ces 3 niveaux :

  • À l’échelle individuelle : repenser notre quotidien de citoyen et de consommateur à travers nos choix de vie et de sobriété.
  • Dans la sphère professionnelle : assumer nos convictions au travail, que l’on soit salarié ou freelance, notamment en sélectionnant des projets et des clients alignés avec nos valeurs éthiques.
  • Sur le plan politique : utiliser notre bulletin de vote pour soutenir des réglementations et des décisions publiques courageuses.

C’est en activant de concert ces leviers que nous pourrons enfin provoquer la bascule collective et faire changer durablement les choses.

Dans ton livre, tu évoques un autre triptyque « Intention → Action → Communication ». Peux-tu nous expliquer ce concept et comment éviter le green washing ?

Si l’intention profonde de l’entreprise n’est pas alignée avec ses valeurs, la communication sera inévitablement du green washing. Prenons l’exemple de H&M et sa communication sur le recyclage des vêtements : c’est incohérent, car leur modèle économique (leur intention de base) repose sur le fait de pousser les clients à acheter de nouveaux vêtements chaque semaine.

Cependant, j’ai eu une révélation récemment, lors de mes vacances. Rien n’est jamais parfait. Moi la première. Le vrai défi aujourd’hui, ce n’est pas seulement d’aligner parfaitement ces 3 éléments, c’est d’apprendre à naviguer dans la contradiction et le compromis. Les entreprises les plus engagées sont paradoxalement les plus exposées au risque de green washing parce qu’elles essaient de faire bouger les choses, cependant il y aura toujours une zone d’ombre.

Par exemple, Décathlon fait des choses formidables, mais produit encore une partie de ses équipements via le travail forcé des Ouïghours et fait face à des critiques sur ses conditions salariales en France. C’est comme reprocher à un végétarien de manger des avocats importés du Pérou. Reproche qu’on m’a déjà formulé plusieurs fois… (Bien que son impact carbone global reste bien inférieur à celui d’un consommateur de viande soit dit en passant) Il faut accepter cette zone grise, ne pas la cacher et tomber dans le green hushing3. Il s’agit d’apprendre à la manager de manière transparente vis-à-vis de ses collaborateurs, de ses clients et des autorités réglementaires.

Cette exigence éthique s’applique aussi à l’humain. Pour moi, l’impact environnemental et l’impact social sont indissociables. Le marketing responsable commence en interne, par le respect des équipes et des partenaires. L’année dernière, j’ai mis fin à un contrat avec un client parce qu’il parlait mal à l’alternante avec qui nous travaillions. Après 3 alertes restées vaines, j’ai arrêté la mission. Poser ses limites et protéger la valeur humaine fait partie intégrante d’une démarche de marketing responsable.

Quelle est la campagne dont tu es la plus fière ?

Ma mission pour la Maison Dandoy. C’est une biscuiterie artisanale bruxelloise, entreprise familiale bicentenaire dirigée par la 7e génération. Depuis 2019, ils sont engagés dans une transition vers un modèle régénératif. Après 7 ans de travail acharné, ils n’ont pas encore atteint 100% de matières premières bio et régénératrices : ils se situent entre 80% et 90% selon les produits à cause d’une complexité logistique et économique inhérente aux modèles actuels. Un exemple : remplacer tous les fournisseurs de farine, de beurre et d’œufs demande d’investir directement et durablement dans l’agriculture locale pour s’assurer de pouvoir encore produire des biscuits dans 70 ans, face aux limites planétaires. Le passage à des fournisseurs bio-régénératifs engendre des coûts de production nettement plus élevés, mais c’est un investissement nécessaire pour leur propre pérennité, ils se doivent de soutenir aujourd’hui la régénération des sols, l’agriculture belge et la circularité pour une production d’avenir de qualité.

Côté marketing, nous avons audité leurs campagnes de communication de l’année 2025 : seulement 35% d’entre elles abordaient des sujets environnementaux ou sociétaux. C’était trop peu. Les marques sont devenues des plateformes avec des audiences attentives. Elles ont le pouvoir de passer des messages. En travaillant activement sur ce positionnement, nous atteignons 85% de campagnes engagées en 2026 !

Pour y parvenir, nous avons transformé chaque marronnier publicitaire en campagnes de sensibilisation :

  • Pour la Saint-Valentin, au lieu du discours commercial habituel, nous avons porté un message d’inclusion sur l’Amour, doublé d’un message fort « anti-IA » dans la création artistique en mettant en valeur les coulisses du shooting avec de vrais artistes et artisans locaux.
  • Pour Pâques, nous avons refusé de faire 3 mois de campagne uniquement centrés sur la vente d’œufs en chocolat. Nous avons noué un partenariat avec la WWF Belgique pour concevoir un produit dédié, un livre de sensibilisation, et un message axé sur la restauration de la biodiversité belge. Cette campagne a été un immense succès commercial, surpassant celle de 2025, et a permis de lever 15 000 € pour l’ONG.

« L’important n’est pas de maximiser le profit pour enrichir quelques actionnaires, mais de sécuriser la pérennité de l’entreprise et de l’environnement sur plusieurs générations. »

Anaïs BAUMGARTEN / Experte Marketing Responsable

Il demeure un facteur commercial pour mesurer le succès de ces campagnes responsables. Or, on oppose souvent « impact » et « profit ». Est-ce une erreur d’après toi ?

C’est le grand tabou de l’économie d’impact. Je fais régulièrement du mentorat auprès de start ups engagées (notamment via le réseau d’aide bruxellois Village Finance4). Trop souvent, les entrepreneurs oublient de construire un business plan solide sous prétexte que leur projet est responsable.

Mais soyons réalistes : si ton entreprise n’est pas rentable, elle disparaîtra dans 3 ou 5 ans. Tous tes efforts et ton impact positif seront alors jetés à la poubelle. Tant que nous n’avons pas complètement changé de système, gagner de l’argent est indispensable pour continuer à exister, payer décemment ses salariés, et financer des transitions coûteuses, comme le sourcing en ingrédients bio-régénératifs pour poursuivre avec l’exemple de la Maison Dandoy. L’important n’est pas de maximiser le profit pour enrichir quelques actionnaires, mais de sécuriser la pérennité de l’entreprise et de l’environnement sur plusieurs générations.

Ton livre propose « 50 actions pour réinventer un marketing éthique, soutenable et durable ». Je n’en suis encore qu’au début, mais il se révèle comme une future référence. Même si tu l’expliques dans le livre, peux-tu revenir sur ce qui t’a motivé à l’écrire ?

En 2023, je suis de nombreux médias sur le Growth Hacking. Un jour, je reçois une énième newsletter avec pour objet « Obtenez 30% de croissance en 10 étapes ». Cela m’a fait vriller ! Comment peut-on promettre des miracles pareils, déconnectés de la réalité écologique, et qui poussent les humains à s’épuiser pour des objectifs inaccessibles ?

Déjà consommatrice de podcasts, devenus un puissant media marketing, je décide de produire le mien et utiliser les mêmes armes médiatiques que le capitalisme pour proposer une voix alternative : en moins de 2 heures, je trouve le nom « Slow Marketing », la baseline « le marketing qui ne peut pas finir comme les dinosaures », et le logo. Mon but : partager les expériences inspirantes d’entreprises pour comprendre comment faire du marketing différemment.

Le livre est la suite logique de cette compilation de connaissances. Une amie m’avait d’ailleurs lancé le défi comme une boutade. C’est finalement devenu une réalité (Rires).

Parution auto-éditée, ses 352 pages ont été conçues de manière la plus responsable possible : imprimées en France sur du papier FSC, sans pelliculage plastique, avec un graphisme et une mise-en-page sobre. Je ne me suis pas contentée de faire une synthèse du podcast, le processus d’écriture du livre m’a poussée à explorer des sujets sur lesquels je manquais de matière, comme l’accessibilité numérique. Je suis donc allée interviewer des experts de ces thématiques, ce qui a nourri de nouveaux épisodes de podcast. La boucle était bouclée !

Livre "Slow Marketing" / Anaïs Baumgarten

Slow Marketing

Dans un monde saturé de publicités, de greenwashing et de promesses creuses, Slow Marketing ouvre une nouvelle voie : plus éthique, plus humaine, plus durable.

Slow Marketing est à la fois un manifeste et un guide pratique proposant 50 actions concrètes pour réinventer notre pratique du marketing et la mettre au service de la société et de l’environnement.

En tout cas, j’invite tout le monde à lire ton livre, et à te suivre via ton podcast. Encore merci Anaïs pour ce moment de partage ! ツ

Merci à toi pour ce chouette échange ! On peut me retrouver très facilement sur LinkedIn, mon site et le podcast. Il y a aussi la newsletter toutes les 2 semaines ! Et merci à celleux qui liront mon livre. Vous savez maintenant comment me contacter, n’hésitez pas à me faire vos retours !

  1. Extrait du livre « Slow Marketing » : « En 2015, Ron Marshal (Red Craw Marketing) mène une expérience : compter le nombre de publicités et marques auxquelles il est exposé sans même les chercher. Résultat : 487 expositions avant même d’avoir fini son petit-déjeuner […] Arnaud Pêtre, professeur de comportement des consommateur·rices, nudge et neuromarketing écrit en 2007 : “Si nous considérons la publicité dans un sens large […] nous serions alors exposé·es à pas moins de 15 000 stimuli commerciaux par jour et par personne”. » ↩︎
  2. Afin de condenser l’interview, j’ai coupé les passages où l’on parle de « Don’t Look Up » ou « Barbie », mais on a fait plusieurs parallèles cinématographiques pour illustrer nos propos respectifs. ↩︎
  3. Théorisé en opposition au green washing, le green hushing (ou éco-silence) est le fait, pour une organisation ou un professionnel, de passer sous silence ses avancées écologiques réelles afin d’éviter les critiques. Or, en invisibilisant les efforts sincères de transition, le green hushing empêche la diffusion de nouveaux récits inspirants indispensables pour atteindre le point de bascule. ↩︎
  4. Village Finance est un réseau d’accompagnement et de financement bruxellois destiné à soutenir la création d’entreprises à impact social, sociétal ou environnemental. ↩︎
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