J’ai récemment découvert le concept de Green SEO avec Alexandra Pinto. La vie étant bien faîte, nous collaborons sur un projet quelques mois plus tard. De fil en aiguille, de conversations en conversations, notamment de sobriété éditoriale, et à l’approche du 100ème article (celui-ci !!! 🎉), je relance l’idée d’intégrer des interviews dans mon blog1 et papoter avec un·e expert·e Comm’ ou Tech’ qui intègre la transition écologique dans son métier. Vous allez comprendre en lisant la suite, mais à la base, Alexandra me recommandait de supprimer et/ou retravailler des articles, maintenant elle contribue à ce numéro #100… 😁
Peux-tu nous raconter ton parcours ? Qu’est-ce qui t’a poussé à passer de Paris à Lyon, du marketing au SEO, et surtout à adopter une démarche écoresponsable avec le Green SEO ?
J’ai fait un Master Marketing / Publicité, ce qui m’a amené à débuter ma vie professionnelle en tant que Chargée d’études de marché. En tant que tel, je mettais en place des tests quantitatifs pour valider la viabilité des produits, des tarifs, de la communication, etc. C’était très intéressant car ça m’a permis de renforcer mes compétences marketing dans un contexte international, avec de grandes entreprises. Toutefois, je ne me voyais pas faire ça toute ma vie, et au même moment, beaucoup de nouveaux métiers du digital émergeaient. Je retourne donc à l’école pour étudier le webmarketing. Les programmes n’étaient pas très poussés à l’époque. J’apprends le SEO surtout en agence où j’ai l’opportunité de travailler sur une variété de projets et différentes typologies de clients. À un moment, j’ai l’envie de vivre l’expérience côté annonceur, et j’arrive chez Direct Energie où le SEO s’est internalisé avec mon arrivée. On me propose aussi de travailler sur les autres canaux d’acquisition. Je me retrouve à gérer le SEO pour les refontes de tous les sites de la marque, c’était très challengeant et formateur, notamment les process avec les DSI, les campagnes payantes, etc…
En parallèle, je tombe sur plusieurs articles traitant de l’export des déchets, des pesticides dans nos aliments, etc. J’entame petit à petit des changements : j’achète bio ; je minimise mes déchets ; je me mets à la couture, plutôt que de perpétuer le shopping à outrance et la « fast fashion » ; je limite mes déplacements après avoir beaucoup voyager, j’évite au maximum l’avion même si c’est parfois compliqué pour certaines destinations. Cela a été progressif, et ces transitions se sont faîtes sur plusieurs années.
Puis Direct Energie se fait racheté par Total. Nous sommes nombreux à qui cela pose soucis. À titre personnel, étant dans une démarche écologique et désirant quitter Paris, je démissionne. Je trouve en 1 mois un travail à WAM, agence lyonnaise. Me voilà à Lyon, que j’avais déjà un peu visité, et ça m’allait bien ! Mais encore une fois, arrive dans ce nouveau quotidien la quête de sens.
Après une rupture conventionnelle, je monte seule l’antenne lyonnaise de la Recyclerie Sportive. Le concept : une boutique responsable et solidaire autour du sport, à petits prix, avec des ateliers de co-réparation, et des animations sur les thèmes du slow sport, des mobilités douces, du zéro déchet, du bien-être… Pendant 2 ans et demi, je m’investis à 200%. Pourtant les contradictions entre la réalité du terrain et les directives du siège m’amènent à une déception vis-à-vis de l’associatif. Les conditions ne sont pas toujours simples : rémunération basse, injonctions… Je finis par partir et j’entame un nouveau chapitre. Je précise, cette expérience a été hyper formatrice, elle m’a révélé des forces insoupçonnées, et pour le coup, j’étais très alignée avec mes convictions.
Se pose alors la question de comment je rebondis ? Basiquement, je me dis que je vais refaire ce que je sais faire : du SEO. Les premiers projets en freelance me confrontent de nouveau avec mon besoin d’alignement. En parallèle, je donne des cours de SEO « classique » à l’ESI Green & Social Business School, puis on me demande des modules de Green SEO. Ça tombe bien ! Du coup, je potasse, mais les sont ressources sont pauvres. Très vite, je fais le lien entre mes pratiques écologiques, et les applique dans le SEO, plutôt avec succès.
« 96% des contenus du web ne reçoivent pas de trafic de Google. Il y a trop de contenus non-utilisés, et donc inutiles […] Ces pages envoient des mauvais signes à Google, il est préférable de les optimiser ou de les supprimer si elle n’ont aucun intérêt pour l’utilisateur. »
Alexandra PINTO / Consultante Green SEO
Comment définirais-tu le Green SEO en quelques mots simples pour quelqu’un qui découvre ce concept ?
Déjà, il faut prendre conscience de l’infobésité : 96% des contenus du web ne reçoivent pas de trafic de Google. Il y a trop de contenus non-utilisés, et donc inutiles… Le SEO « classique » pousse à cela : il faut créer des textes avec plein de mots-clés, trouver des backlinks pour « juste » augmenter le traffic.
Mais au-delà du trafic, il s’agit surtout de maximiser la conversion. Il y a des questions pragmatiques à se poser pour se concentrer sur ce qui va produire réellement du résultat, sans compromis. Est-ce un sujet qui intéresse la cible ? Est-ce qu’il y a un potentiel de conversion ?
J’applique la règle des 3R inspirée des 5R du zéro-déchet (Refuser, Réduire, Réutiliser, Réparer, Recycler et Rendre à la terre) :
- Refuser
- Réutiliser
- Réduire
En effet, les pages inutiles envoient des mauvais signes à Google, il est préférable de les optimiser ou de les supprimer si elle n’ont aucun intérêt pour l’utilisateur.
Quant au netlinking, j’ai une approche très mesurée : me positionnant sur des mots-clés longue traine, la plupart du temps, il n’y a pas beaucoup de concurrence, le netlinking n’est donc pas nécessaire.
Tu te souviens quand tu me recommandais de supprimer des articles avec la technique Marie Kondo ? Tu es mon 100ème article. Est-ce que cela te procure de la joie ? 😁
Je peux comprendre qu’il y ait un aspect affectif, et je suis consciente des heures de travail que cela représente. Mais il est essentiel de prendre du recul. Soyons pragmatiques : quel trafic génèrent-ils réellement ? Touchent-ils ton audience idéale ? Quel est leur taux de conversion ? En fin de compte, si ces contenus ne t’apportent rien, il vaut mieux les supprimer, sans hésiter. Je suis honorée de faire l’objet de ton 100ème article mais je reste sur ma recommandation. (Rires)
Il y a des concepts qui vont un peu à l’encontre des pratiques traditionnelles du SEO, comme la sobriété éditoriale ou le fait de ne pas préconiser de netlinking. Je t’ai déjà posé la question lors du webinaire des Designers Éthiques, mais as-tu reçu des critiques au sein de la communauté SEO ?
Non, il y a plus de la curiosité de la part des consultant·es SEO, mais aussi des métiers gravitant autour des nôtres, les rédacteurs, les community managers, etc. Et lorsqu’ils ont la même sensibilité, la démarche leur parle forcément.
Peut-être que cela changera avec le temps, avec une communauté plus importante. J’imagine qu’à ce moment-là, j’aurai sûrement plus de haters (rires), les critiques pourraient émerger, notamment sur le modèle économique. Après tout, je propose des prestations en quantité moindre, ce qui me rend mécaniquement moins chère. Et ça pourrait déranger certains acteurs du marché.
Penses-tu que cet intérêt pour le Green SEO sera plus important dans un avenir proche ?
Absolument. D’abord, les entreprises à impact sont naturellement intéressées. Mais au-delà de cela, la RSE est une obligation légale et commence à s’imposer dans les projets numériques. Les appels d’offres des grands comptes incluent des critères d’éco-conception de sites et de sobriété éditoriale.
Pour ma part, en proposant des prestations ajustées et ciblées, mes tarifs sont forcément plus bas, même si je pourrai valoriser plus le Green SEO. Cela reste en tout cas un argument convaincant pour beaucoup d’entreprises.
Ce n’est pas un scoop, Google n’est pas la plus vertueuse des entreprises. Tu prônes toi-même une démarche de dégooglisation.
Pourtant, Google reste incontournable dans le SEO. Est-il stratégique et pertinent de miser sur d’autres moteurs de recherche pour améliorer son ranking ? Quels sont les avantages et limites ?

Les moteurs de recherche dits « éthiques » soulèvent encore des questions. Par exemple, DuckDuckGo reste une entreprise américaine, et Qwant semble rencontrer des difficultés. Quant aux autres alternatives, elles s’appuient souvent sur les résultats de Bing. Personnellement, j’utilise Lilo.
Moi aussi ! ^^
Mais on ne va pas se voiler la face, Google propose de meilleurs résultats… On peut se consoler en se disant qu’aujourd’hui, il y a malheureusement pire : les IA. Il faut être dans le moins pire…
J’avoue aussi ne pas être encore entièrement dégooglisée… j’ai remplacé Google Agenda avec le Calendrier Infomaniak, mais les autres suites bureautiques testées n’équivalent pas celle de Google. J’ai en revanche diminué globalement le nombre d’applications.
Difficile d’être à 100% irréprochable !
Et côté analytics, que penses-tu des alternatives comme Matomo ou Plausible par rapport à Google Analytics, notamment en termes d’éthique, de performance et de respect de la vie privée ?
J’aimerai bien changer et ne plus du tout utiliser Google Analytics, mais je comprends que pour des structures qui ont leur GA connecté avec leur écosystème digital, notamment pour créer des dashboards via Looker Studio, ce n’est pas une migration évidente. Je vais utiliser Matomo pour mes propres sites. J’espère y retrouver toutes les options que j’ai l’habitude d’utiliser. J’ai actuellement l’occasion de travailler sur Plausible sur le site d’une cliente : ça semble très basique. Je pourrai t’en dire plus après avoir passé plus de temps sur ces outils.
Conçois-tu le Green GEO (Generative Engine Optimization) ?
Il n’y a pas vraiment de distinction à faire entre GEO et SEO. Les robots des IA vont scrapper les mêmes données, et les critères à respecter sont peu ou prou identiques.
La difficulté avec les IA est le suivi des réponses générées, comment comparer chaque IA, les logiques propres à chacune, et les sources utilisées ?
Il faut aussi sensibiliser et responsabiliser les utilisateurs : il vaut mieux utiliser Google par rapport à l’IA pour des recherches sur le net. On peut utiliser l’IA uniquement pour un usage conversationnel et pour lequel il n’y a pas d’alternative.
La transition est devenue une mission pour nous, et dans le numérique, c’est souvent méconnu, inattendu voire surprenant. As-tu une anecdote marquante qui illustre ça ?
(Alexandra prend un instant pour réfléchir…) La contradiction des gens ! Beaucoup de personnes sont favorables à l’éco-responsabilité mais leurs actions ne suivent pas leurs discours. Un exemple récent me vient en tête, lié à ton dernier post LinkedIn sur les vagues d’illustrations style Ghibli ou les fameuses figurines « Starter Pack ». Les gens suivent les tendances, se copient les uns les autres, sans jamais se poser de questions sur l’impact des IA. Et encore plus incohérent : j’ai vu quelqu’un dénoncer le pillage de l’œuvre de Miyazaki tout en affichant une photo de profil style Ghibli…
En effet… ^^ Pour contre-balancer ces trends négatives, peux-tu nous partager une bonne pratique numérique, durable et simple à appliquer ?
Toujours se poser la question avant d’utiliser un nouvel outil, ajouter une fonctionnalité ou utiliser l’IA : est-ce que ce que j’ai déjà à disposition me permet de le faire ? En ai-je réellement besoin ?
Exemples :
- Je vois des personnes créer des prompt IA pour faire des calculs ou des graphiques qu’Excel peut faire.
- Idem avec la généralisation de l’outil Notion qui est très gourmand en ressources : quelle plus value par rapport à ce qui existe déjà ? Souvent un espace drive avec des dossiers et liens entre les documents fait très bien l’affaire !
Et si tu avais une baguette magique, qu’est-ce que tu changerais en premier ?
Changer tous les gouvernements de la Terre afin qu’ils obligent toutes les entreprises à avoir une démarche éco-responsable en ne vendant que des produits utiles. Peu importe les bords politiques, l’écologie est un sujet qui concerne tout le monde ! Je suis bien consciente qu’il s’agit d’un vœu pieux mais on peut toujours rêver 🙂
Ça fait un peu « Miss France », mais connaissant maintenant plus ton parcours et tes valeurs, c’est un voeu qui te ressemble ! Où peut-on te suivre ? En tout cas, merci pour ton temps, et au plaisir de nouveaux échanges !
Mon site est en construction, mais on peut me contacter sur mon Linkedin. Merci à toi ! À bientôt !
- Il y a 10 ans, dans le cadre de l’anniversaire de DSIGNED, j’avais prévu différentes interviews de professionnels du design / graphisme, du développement web… J’avoue avoir « un peu » procrastiné et reporté le projet… ^^’ ↩︎
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