Les outils comme EcoIndex ou Website Carbon1 sont devenus des incontournables pour évaluer rapidement l’impact environnemental des sites web. Mais sont-ils vraiment des garants d’une démarche d’éco-conception robuste et pérenne ? Explorons leurs forces, leurs limites, et surtout les bons réflexes à adopter pour aller plus loin.
EcoIndex, Website Carbon, etc… Des outils utiles mais pas suffisants
Soyons honnêtes. Quand on parle d’écoconception numérique, beaucoup se contentent de brandir fièrement une belle note A+ décrochée sur Website Carbon ou EcoIndex (la preuve sur ma page d’accueil). Il en existe d’autres : EcoGrader, Kastor, Noesya, EcoDesign, etc… Ces outils sont efficaces pour sensibiliser et amorcer la démarche, surtout au sein d’équipes encore peu familières avec l’impact environnemental du web.
- Une note et des couleurs qui parlent à tout le monde : vert, c’est bon ; rouge, il faut revoir la copie.
- En un coup d’œil, on cerne les principaux points noirs : page trop lourde, trop d’images, scripts inutiles…
- Leur approche chiffrée et partagée, sert de langage commun entre devs, designers et clients.
Il est tentant de croiser les outils pour s’améliorer (ou ne retenir que la note la plus flatteuse). Ils peuvent être complémentaires, et demeurent (presque) tous très utiles. Mais multiplier les tests n’est pas très éco-responsable au final. L’important est surtout d’en connaître les forces et les faiblesses, comprendre leur fonctionnement afin de mieux appréhender les analyses et les résultats sur le long terme. Il est contre-productif de mesurer des échantillons différents avec un nouvel outil. Choisis celui qui te convient, et garde le afin d’évaluer la pertinence des actions menées.
Si on peut confirmer que si tu as obtenu une mauvaise note, c’est que t’as vraiment foiré un truc, ne nous leurrons pas, une bonne note ne garantit ni exemplarité, ni performance sur le long terme. Ce type de score ne prend pas en compte la typologie du site (on ne peut pas comparer la note d’un site vitrine avec celle d’un média ou d’un e-commerce), et peut masquer bien des failles : UX bâclée, fonctionnalités inutiles, site gourmand, hébergement surdimensionné…
Des scores faciles à « verdir » ?
EcoIndex : nombre de requêtes, poids des transferts et de la page, complexité du DOM
Il existe plusieurs manières d’utiliser EcoIndex. La plus simple et la plus connue : ecoindex.fr. Il y a aussi l’extension Chrome / Firefox GeenIT Analysis, l’application de bureau EcoIndexApp, et la commande en ligne (couplée à Google Lighthouse). Premier problème, les résultats peuvent différer selon la méthode.
Plus problématique, la logique derrière le score. Prenons le cas d’une page avec uniquement un player Youtube et d’une landing page plus classique (textes et images). EcoIndex se focalise sur le nombre de requêtes « maîtres », la taille brute du HTML/CSS/JS, et non sur le chargement dynamique massif induit par le lecteur vidéo. Ainsi, EcoIndex peut mieux noter la page avec Youtube, alors qu’en réalité, elle est plus gourmande en ressources.
Website Carbon × The Green Web Foundation
Sur Website Carbon, il suffit parfois d’héberger son site chez un fournisseur « vert » ou se « cacher » derrière un pare-feu pour obtenir une note élogieuse, sans pour autant optimiser l’essentiel. Dans ce contexte, le « vert » correspond à être listé sur le répertoire The Green Web Foundation.
Quels sont les problème de cette liste ?
- Un critère unique2 : l’inscription à TGWF repose presque uniquement sur l’utilisation d’énergie renouvelable, sans regarder la globalité de l’infrastructure.
- Peu de granularité : un seul data center « vert » peut suffire à valider un hébergeur… même si ses autres centres ne le sont pas du tout.
- Un contrôle lacunaire : les justificatifs et preuves d’engagements « verts » peuvent ne pas être renouvelées. Résultat : une fois labellisé, un hébergeur n’est plus forcément sous surveillance active.
Pour le coup, étant hébergé chez O2Switch, considéré « gris », je suis assez fier d’obtenir un A+. Cela signifie que j’ai clairement fait (presque) toutes les optimisations nécessaires, hors hébergeur.
Toutefois, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. TGWF a le mérite d’exister, et il faut juste aider à ce que les critères de sélection soient encore plus exhaustifs et plus fiables dans la durée.
L’hébergement reste un facteur important dans l’éco-conception numérique, c’est d’ailleurs un volet du RGESN. Ce n’est donc pas qu’un raccourci et une facilité d’opter pour un hébergeur TGWF.
Aller plus loin en adoptant une démarche globale et exigeante
Garde un œil critique sur les labels verts : demande de la transparence sur la méthodologie. Les outils automatiques ne remplacent pas une démarche humaine réfléchie et adaptée.
La vraie performance en éco-conception, c’est une vision systémique, qui ne se contente pas du front et va regarder ce qu’il se passe dans les coulisses :
- Gestion des fonctionnalités : le surdesign ou la multiplication des fonctionnalités inutiles sont les principaux facteurs d’infobésité. Infobésité gourmande en ressources, génératrice d’obsolescence, et pérpétuant le cycle polluant de la fabrication informatique.
- Back, process et gouvernance : la structure, la mutualisation, la maintenance et même la politique d’archivage jouent également un rôle.
- Englober tout le numérique responsable : accessibilité, sécurité, vie privée, pérennité font partie du scope moderne.
Le RGESN (Référentiel Général d’Écoconception de Services Numériques) s’impose aujourd’hui comme référence pour structurer la démarche. Plus complet et exigeant, il aiguillonne le secteur vers une transformation de fond.
L’éco-conception n’est pas une case à cocher mais une dynamique d’amélioration continue. La bonne question à se poser : « Mon site pourrait-il être plus économe, plus utile, plus frugal ? ». La réponse est toujours oui.
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- Attention, je ne fais pas un procès exclusivement contre EcoIndex et Website Carbon, que j’utilise et apprécie. Tous les outils comparables ont leur limites. Je prends ici leur exemple car ce sont les précurseurs, et probablement les plus connus et les plus utilisés. ↩︎
- Un hébergeur peut démontrer son engagement à travers ces 8 critères : une alimentation en énergie 100% renouvelables (ce que TGWF retient) ; son efficacité énergétique (PUE) ; l’optimisation du refroidissement et son usage de l’eau (WUE) ; ses émissions carbone (CUE) ; des certifications environnementales comme ISO 14001 ; une politique de gestion et de recyclage des DEEE (collecte, reconditionnement, filières agréées, économie circulaire, recyclage et prolongation de vie des serveurs…) ; et la transparence (publication de rapports d’impact et d’indicateurs). La compensation est une bonne chose, mais pas suffisante. Le sujet mérite un article plus exhaustif que j’écrirai prochainement ! ↩︎
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