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Comment choisir un hébergeur responsable et réduire son impact environnemental ?



Loin d’être virtuel, le numérique et le fameux « cloud » ont une réalité matérielle1. Le développement d’Internet et de l’IA a entraîné une multiplication des centres de données. On estime que leur consommation énergétique mondiale pourrait doubler d’ici 20302. Avec une consommation croissante en électricité, mais aussi en eau, métaux, minéraux, produits chimiques… les data centers émettent plus de 330 Mt de CO2e. Certains hébergeurs prennent leurs responsabilités. Choisir de travailler avec l’un d’entre eux devient essentiel pour réduire l’impact environnemental de nos services numériques.

Table des matières

Exigeons la transparence sur l’efficience réelle

Les indicateurs de performance environnementale

Pour évaluer la responsabilité d’un hébergeur, il est important qu’il soit transparent et communique sur plusieurs indicateurs techniques standardisés (ISO/IEC 30134). Reconnus internationalement, ces métriques permettent de mesurer l’efficacité réelle des centres de données.

Le CUE (Carbon Usage Effectiveness) quantifie les émissions de gaz à effet de serre par rapport à la demande énergétique des équipements informatiques. Calculé en équivalence de dioxyde de carbone émis par unité d’énergie consommée (kg CO2e / kWh), le CUE rend compte des émissions directes et indirectes associées à l’ensemble du cycle de vie de l’énergie utilisée. Idéalement, sa valeur doit être inférieure à 0,025 kg CO2e / kWh.

Le WUE (Water Usage Effectiveness) mesure la consommation d’eau nécessaire au refroidissement des serveurs. Certains centres de données consomment jusqu’à 3,8 millions de litres d’eau par jour (soit l’équivalent de 790 baignoires pleines par heure), ce qui rend cet indicateur crucial, surtout dans les zones arides. Un WUE inférieur à 0,3 indique une gestion performante et sobre de cette ressource précieuse.

Le PUE (Power Usage Effectiveness) mesure l’efficacité énergétique en comparant la consommation totale du bâtiment à celle des équipements informatiques seuls. La situation idéale est un PUE de 1,0, signifiant que toute l’énergie sert exclusivement à l’informatique. En France, le PUE moyen est de 1,5, mais les installations récentes visent 1,2. Infomaniak affiche des performances remarquables avec un PUE de 1,06.

Les répertoires GWF et E3P

Opter pour des énergies renouvelables plutôt que fossiles est tout aussi essentiel qu’un bon PUE. Selon une étude menée aux Pays-Bas3 et le répertoire Green Web Foundation (GWF), seuls 29% des domaines les plus visités sont hébergés sur des serveurs certifiés utilisant de l’énergie sans carbone (Carbon Free Energy, CFE). Bien qu’il s’agisse d’une tendance locale, elle démontre certainement qu’il reste d’importantes marges de progression à l’échelle mondiale.

Des entreprises comme Google utilisent 66% d’énergies décarbonées (le chiffre varie de 12% en Asie-Pacifique à 92% en Amérique latine). D’autres, comme O2Switch s’appuie sur une électricité décarbonée à plus de 94%. OVHCloud, Scaleway ou Hosterra atteignent 100% d’énergie renouvelable (Renewable Energy Factor, REF).

L’European Energy Efficiency Platform (E3P) vérifie que les hébergeurs respectent le Code de conduite européen des centres de données. La Green Web Foundation (GWF) répertorie les hébergements « verts » selon des critères moins exhaustifs. Des entreprises profitent d’avoir un seul centre de données conforme parmi d’autres moins vertueux pour s’enregistrer et s’étiqueter « hébergeur vert ». Bien qu’il ne soit pas évident de transformer tous ses data centers, il serait très appréciable que tous détaillent les performances de chaque DC.

Ainsi, ces listes ont le mérite d’exister mais manquent peut-être de justesse, et sont malheureusement parfois obsolètes. Il faut vérifier la date de mise-à-jour et croiser les sources.

Or, il n’est pas toujours évident de trouver ces informations. Sur demande, en écrivant au support client, un hébergeur sérieux se doit de les fournir, à défaut de les publier publiquement.

Les labels et les certifications

Pour certifier les engagements, ont été créés des labels et des certifications.

La série NF EN 50600 décrit les infrastructures nécessaires et leur efficacité énergétique pour assurer le bon traitement, la sécurité et disponibilité des données. Plus spécifiques à la construction ou la rénovation des bâtiments, les certifications NF HQE (France), BREEAM (Europe) ou LEED (international) évaluent les performances environnementales.

La norme ISO 14001 définit le cadre d’un système de management environnemental efficace, tandis que l’ISO 50001 se concentre sur la performance énergétique. L’ISO 27001 spécifie les exigences en matière de Systèmes de Management de la Sécurité de l’Information (SMSI).

Dans un contexte réglementé, ces certifications présentent des méthodes d’évaluation relativement exigeantes et coûteuses.

Les crédits carbone

Si de nombreux hébergeurs affichent une « neutralité » via la compensation, cette pratique doit rester l’ultime solution après des efforts drastiques de réduction. Il est primordial de prioriser la réduction des émissions en amont plutôt que de se contenter d’acheter des crédits carbone, dont la qualité réelle est parfois contestable.

Optimisons les infrastructures

Comment optimiser ses infrastructures et quelles sont les meilleures pratiques pour être durable ?

Comment mieux gérer la chaleur fatale ?

Le refroidissement est l’un des postes les plus énergivores, représentant souvent 50% de la consommation d’énergie d’un centre de données. Les hébergeurs responsables délaissent la climatisation traditionnelle au profit de solutions plus sobres.

L’utilisation de l’air extérieur (free-cooling) ou le refroidissement direct par liquide (DLC) permettent d’abaisser considérablement le PUE. L’immersion cooling, où les serveurs sont plongés dans un liquide diélectrique, fait partie des technologies émergentes les plus performantes.

Un exemple connu est celui du data center de Green Mountain, en Norvège. Alimenté en électricité 100% renouvelable, grâce à plusieurs centrales hydroélectriques situées en amont, le refroidissement est naturel et utilise notamment l’eau de mer, obtenant un impact environnemental quasi nul, tant au niveau de la production de froid qu’au niveau de la distribution.

Une approche plus responsable consiste à réutiliser la chaleur produite par les serveurs pour chauffer des bâtiments voisins, transformant ainsi une perte énergétique en ressource utile.

En Finlande, de nombreux centres de données alimentent les réseaux de chaleur urbains alentour4, diminuant ainsi les besoins des locaux en énergie fossile. Par ce biais, le pays pourrait atteindre son objectif de neutralité carbone.

Comment corréler l’activité des serveurs à l’usage réel des utilisateurs ?

Optimiser les logiciels avec des algorithmes de planification des ressources permet d’éteindre une partie des capacités serveurs pendant les périodes de faible demande, optimisant ainsi la consommation électrique globale. Citons les plateformes Kubernetes qui peuvent mettre hors tension 30‑40% des pods pendant les creux nocturnes.

Privilégier des serveurs situés géographiquement proches des utilisateurs finaux réduit les émissions liées au transit des données et améliore la vitesse de chargement.

Les micro data centers constituent une approche hybride et réunissent plusieurs avantages : plus facilement multipliables et déployables, ils permettent de se rapprocher des audiences cible, produisent moins de chaleur, et simplifient le free-cooling.

Comment adopter une économie circulaire ?

On oublie souvent que l’essentiel de l’empreinte carbone provient de la fabrication des serveurs plutôt que de leur utilisation.

Un hébergeur responsable partage sa politique DEEE (Déchet d’Équipement Électrique et Électronique). Il prolonge la durée de vie de ses équipements par la réparation et utilise, lorsque c’est possible, du matériel reconditionné. L’acquisition d’un ordinateur reconditionné permet d’éviter jusqu’à 97% d’impact annuel par rapport à un produit neuf.

Pour des écosystèmes numériques durables

Toutefois, choisir un hébergeur responsable ne suffit pas à garantir une empreinte numérique minimale. L’éco-conception des sites réduit significativement la charge côté serveur. Ces démarches parallèles contribuent à un numérique plus vertueux et durable.

Si des entreprises vont dans le bon sens, c’est loin d’être une généralité. Comment souvent, il faudrait certainement plus de réglementations, à l’échelle européenne ou mondiale, pour forcer les acteurs du numérique (et pas que…) à tendre à une neutralité carbone.

En tant qu’individu, nous pouvons également agir, en ayant un usage numérique plus raisonné. A-t-on vraiment besoin de stocker des milliers de selfies dans le cloud, puis de les retoucher à coup de prompts IA, pour enfin les partager sur différentes plateformes sociales dont les algorithmes et les likes nous abrutissent ?

Ces enjeux raisonnent aussi en toi ? Tu souhaites revoir tes projets digital sous l’angle de la durabilité ? On s’appelle, on s’écrit, on se fait un brief ! ツ

  1. À lire :
    « Le Cloud est-il green ? », de Tristan Labaume (Alliance Green IT)
    « Datacenter, maîtriser et optimiser son impact environnemental », AGIT (Alliance Green IT) ↩︎
  2. En 2024, les infrastructures représentaient environ 1,5 % de la consommation électrique mondiale (415 térawattheures, TWh), celle-ci a augmenté de 12 % par an dans les cinq dernières années. À ce rythme, en 2030, les data centers nécessiteront un peu moins de 3 % de l’électricité mondiale, soit la consommation totale d’électricité du Japon aujourd’hui. (Source : Agence Internationale de l’Energie, IEA) ↩︎
  3. L’étude menée par Max Jeltes de l’Université de Twente vise à déterminer la proportion de sites web hébergés aux Pays‑Bas qui utilisent de l’énergie renouvelable. L’échantillon regroupe environ 80000 sites, mais seuls les 100 plus visités par les néerlandais ont été recroisés avec les données de la Green Web Foundation afin d’identifier les serveurs certifiés « énergie décarbonnée » associés à chaque domaine. ↩︎
  4. Si la Finlande est souvent citée en exemple, il faut aussi souligner certains abus. Pour que la chaleur des data centers soit recyclée, ces derniers doivent être raccordés aux réseaux de chauffage urbains, donc en ville où les terrains sont plus chers. Or, certains choisissent de s’installer loin, en forêt, ce qui n’est plus bénéfique pour l’environnement. ↩︎
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